Avril 2026 et la suite...
1/4/26
Par l'habitude le sens finit par s'oublier.
2/4/26
"Il n'y a que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant", écrit Tocqueville. Le problème, ce sont ces humains qui tendent vers la toute-puissance. Ils croient que Dieu agit à travers eux. Si Dieu n'existe pas, en revanche ces hommes existent pour notre plus grand malheur.
3/4/26
Toute civilisation dépend des sources d'énergie, de sa transformation et de son acheminement.
C'est la face cachée de la civilisation avec son armée d'humains invisibles.
4/4/26
Elle dit que l'indifférence reste la meilleure stratégie de tolérance à l'égard des multiples différences et dans de multiples domaines, propres aux démocraties libérales individualistes. Et qu'en même temps cette indifférence peut virer à une forme d'inhumanité. Les gens se tolèrent surtout parce qu'ils s'en foutent...
5/4/26
Paradoxe : plus on emplit certains vides plus on les vide. Et plus on se creuse plus on s'emplit.
6/4/26
Quand on se joue la comédie, qui est "se" ?
7/4/26
Le corps s'affaiblit et se dérobe. L'esprit s'égare. Les liens avec les autres se distendent. La proximité de la mort ronge le sens et la valeur de ce qui naguère semblait indestructible. Voici la vieillesse, le combat perdu d'avance ?
8/4/26
Devant la variété des morales dans le temps et l'espace, comment poser les bases d'une éthique universelle ? Ce qui défend la vie, l'humain, la liberté. Des généralités vagues ? Oui mais aujourd'hui même ces généralités ne font pas consensus.
9/4/26
Je me révolte (contre l'absurdité de la condition humaine) donc nous sommes, écrit Camus dans L'Homme révolté. Mais tellement d'hommes nient encore cette absurdité, puisqu'ils croient dans leur religion ! Et leur religion leur donne le droit de rejeter cette communauté humaine solidaire entrevue par Camus. Même l'athéïsme est devenu, avec le communisme érigé comme foi, un élément de croyance excluant les autres qui croient.
10/4/26
La pitié schopenhauerienne ou la compassion bouddhiste restent pour elle des morales du sentiment toujours crédibles. Elles nous révèlent, à travers l'expérience de la douleur et de la finitude, l'unité profonde de tous les êtres.
Encore faut-il pouvoir garder souvent cette hauteur d'esprit englobante, s'éloigner de l'arène sociale avec ses egos en compétition et en quête permanente de reconnaissance.
11/4/26
Lui prône la morale comme une fine casuistique, en se méfiant des principes généraux éloignés des situations concrètes et des conséquences. Il se représente celui qui pense la morale comme un juriste avec un code gigantesque et toujours ouvert à la discussion. Pour lui, la morale devrait ressembler à la jurisprudence et à l'esprit talmudique.
12/4/26
On peut toujours contester les valeurs quand on se contente de les observer ironiquement (la mauvaise foi, l'hypocrisie ou juste leur fondement incertain). Mais qu'on en fasse l'expérience, qu'on les vive de l'intérieur, et elles acquièrent une force indiscutable se transmettant à qui les incarne.
13/4/26
La tentation est toujours forte pour l'éthique de s'immiscer dans l'esthétique. Mais bien moins l'inverse (esthétisme, dandysme). C'est que la morale s'exprime souvent au nom de groupes importants. L'esthétique concerne des minorités.
14/4/26
L'expérience morale sincère au-dessus des idéologies. Voilà qui nous épargnerait bien des voies dangereuses ou sans issue.
15/4/26
Ils ne sont pas à l'aise avec les autres, mais pour des raisons différentes... Voilà pourquoi les solitaires ne peuvent pas forcément se rapprocher.
16/4/26
Tu laisses déborder un aspect, positif ou négatif, de cette personne sur les autres aspects. Ce n'est pas juste. Mais il en est souvent ainsi.
Elles sont lourdes a transporter, la complexité des autres, leur ambiguïté. Alors à défaut de pouvoir être juste, abstiens-toi de les juger.
17/4/26
Pour lui, le plaisir du dialogue avec l'autre est surtout celui du rebond, en partie imprévisible. Et si l'on pouvait habilement simuler ce rebond, on pourrait aisément se passer de sociabilité.
18/4/26
L'ironie tient souvent et simplement à ce que nous avons un inconscient.
19/4/26
"La conscience règne et ne gouverne pas", écrivait Valéry. À l'évidence, ce qu'on pense et dit n'est pas toujours ce qu'on fait. Pas plus que les raisons que l'on donne ne s'avèrent les mobiles profonds. La conscience reine se contente de faire sa parade sociale et son théâtre personnel.
20/4/26
Elle me dit que la plupart des vieux sont égocentriques, tout comme les malades. Et que justement, pour ralentir la vieillesse, il faut diminuer cet égocentrisme. S'intéresser aux autres, au monde le plus longtemps possible.
21/4/26
C'était un solitaire enfermé dans ses remparts de livres. Ils étaient l'humanité bruissante qui habitait le silence épais de sa solitude.
22/4/26
"Je refoule profondément mes pulsions. Et quand parfois je les pressens, je me sens incapable de les réprimer. Alors il me paraît nécessaire que la société les réprime à ma place, et qu'elle exerce partout la censure" : voilà le véritable discours du puritanisme...
23/4/26
La conscience peut assumer, et c'est lourd, accablant même... Cependant tout ce qu'elle assume libère et finit par se volatiliser, parfois même dans le rire et l'oubli.
Ce qu'elle ne consent pas à assumer la plombe secrètement. Alors, si elle ne souhaite pas n'être qu'une reine de pacotille, elle sait bien ce qu'elle doit faire !
24/4/26
Il prétend que le premier acte volontaire est déjà de pouvoir disposer de notre attention.
25/4/26
"Toute critique, tout blâme revient à dire : Je ne suis pas toi", écrit Valéry. Ou : je ne suis pas dans ta situation. Mais là, c'est plus porteur de compréhension.
26/4/26
L'art du comédien qui entre dans son rôle nous en apprend beaucoup sur la compréhension d'autrui.
27/4/26
Nietzsche dit que la religion est un monde de pure fiction. Oui, mais qu'est-ce que cette fiction nous dit des hommes qui l'ont élaborée, de leur ignorance, de leur terrible angoisse et de leurs folles espérances ?
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Semainier de mai 2026
Première semaine :
Le temps nous emporte irrésistiblement vers la mort, quelles que soient nos peines et nos joies, nos emportements ou nos réticences. Retenir est l'action impossible. Et pourtant conserver pour transmettre reste à la base de la civilisation.
Les pauvres ont leur malheur. Mais ils sont protégés du désespoir des riches ne pouvant plus croire désormais au bonheur possible qu'apporterait telle ou telle acquisition.
Le présent doit toujours se défendre contre la voracité du futur immédiat.
"J'aurai le même sort que l'insensé. Pourquoi donc ai-je été plus sage ?" : voilà ce qu'on lit étrangement dans l'Ecclésiaste. Répondre à cette question, c'est trouver la véritable valeur de la sagesse.
Elle pense que les gens se font avoir régulièrement pour pouvoir rester des enfants naïfs et ainsi ne pas payer le prix exorbitant de la désespérante lucidité.
On ne soupçonne pas la qualité, l'intensité de certaines vies... La puissance de ce qui bat dans quelques poitrines ferait exploser le coffre étroit de tant de destins moyens !
Deuxième semaine de mai 2026 :
Il me dit : "Ce qu'il faut affronter, ce avec quoi il faut vivre, c'est l'indifférence abyssale du monde et des autres nous concernant... Une épreuve terrible pour les vaniteux et les égocentriques ! Et si vous avez l'impression que les autres ne sont pas indifférents à vous, sachez que c'est seulement votre statut qui est en cause. Mais dans ce statut vous êtes interchangeable ! L'une des fonctions de l'amour romantique est de vous faire sortir du lot, mais seulement par une personne !... De là cette aspiration commune à la célébrité, pourtant si difficile à supporter !
Troisième semaine de mai 2026
Toutes ces années derrière moi ! Comment le temps est-il passé si vite ? Ah, je n'ai pas assez fait attention à lui, et il s'est vengé.
La physique, la biologie, la botanique, etc. montrent un temps qui leur est propre. Le temps qu'un sucre fonde... le temps de la cicatrisation... le temps qu'un arbre pousse... Pourquoi donc ne pas respecter le temps de mûrissement de la création humaine ? Ou celui de s'installer pleinement dans une technique donnée ? C'est qu'au nom de la productivité et du profit, une idéologie a imposé un temps raccourci pour toutes choses.
Horizon temporel de la vieillesse : faire en sorte de réussir à quitter la vie sans amertume, sans effroi, sans regret, voire avec satisfaction.
Quatrième semaine de mai 2026
Pour creuser profondément il faut faire un petit trou. Oui mais on perd la surface des connexions multiples. Dilemme entre savoirs hyperspécialisés et compréhension holistique.
Première semaine de juin 2026
Que les enfants puissent largement devenir des proies sexuelles témoigne sans doute de la peur croissante que suscitent auprès de personnalités lâches et débiles les femmes émancipées.
Le triomphe absolu de la mort devrait combler et stériliser à la fois les fantasmes de la pulsion de mort. Hélas, une fois encore, les pulsions génèrent le déni de leur anéantissement, du néant.
Lorsque les mains sont trop sales, il arrive qu'on ne songe même plus à les laver, mais seulement à maculer le reste de son corps en les essuyant dessus.
Les admirables capacités humaines à réduire ou justifier ou embellir sa propre saloperie... Il suffirait pourtant de l'expliquer ou bien de la relativiser ; mais déjà ce serait l'admettre.
Le Bouc émissaire flotte toujours dans l'espace des possibles et attend sa nouvelle incarnation.
Deuxième semaine de juin 2026
Apprendre de soi continuellement... Puis distinguer ce qui en soi est collectif, général, et ce qui reste particulier ( das Besondere ).
Quand le narcissisme prévaut dans une société, la différence, l'altérité sont ressenties comme une gêne, une menace. On ne supporte plus que les siens, et encore... La guerre des sexes, l'hostilité entre les communautés, les conflits entre les nations s'exacerbent.
Mais d'abord et avant tout, c'est une indifférence généralisée à l'égard de l'autre, et différentes formes de solitudes qui s'imposent...
Troisième semaine de juin 2026
Esprit affirmatif, esprit réactif. Esprit original, esprit moutonnier. Esprit généreux, esprit mesquin... Voilà déjà quelques évaluations essentielles du nietzschéisme. Mais il y a sans doute un deuxième niveau pour lequel le négatif lui-même se fond dans l'affirmation globale de la vie. C'est un Oui qui intègre et pousse plus loin... Un Eros triomphant qui relativise la pulsion de mort. Or cette utopie est déjà réalisée dans l'art pour lequel tout peut s'intégrer dans la composition d'ensemble. En fait c'est l'artiste qui commande le philosophe chez Nietzsche.
La quête du sens moins comme une promotion de la vérité que comme l'élection d'un art de vivre où l'éveil, la vigilance priment.
Le théâtre, par le détour d'une fable, d'une parabole, passe par l'enfant en nous pour interroger l'adulte sur des vérités problématiques.
Chez Beckett la dimension parabolique est au niveau du langage lui-même : certains mots sont choisis parce qu'ils ont à la fois un sens trivial et métaphysique. Comment mieux nous interpeller sur l'absurdité de la vie ?
Quatrième semaine de juin
L'accumulation pléthorique. Immobilisation. La "tête bien pleine" trop lourde. L'érudition devenue irrespirable. Plus de priorité. Vertige statique.
Il a cru mettre du temps en stock dans ses livres. Plus il avait de livres, plus il lui resterait de temps. Mais le temps ne se dilate point, et nous devons renoncer à connaître les merveilles de la culture avant de disparaître.
Première semaine de juillet
Fétichisme : survalorisation délirante d'une partie du corps (souvenir d'enfance). Focalisation sur un/le détail. Favorise l'esprit de collection.
Le fétiche est surdoté de puissance imaginaire. L'ensemble, véritablement actif, est perdu de vue.
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