1/2/25
Que la ferveur mystique ait pu être utilisée, contre le jugement critique bien sûr, pour favoriser le sacrifice total des soldats allant à la guerre, voilà ce que confirment maints faits historiques et qui éclaire la mystique sur sa tentative de fusion spirituelle entre la vie et la mort.
Mais la vie n'est pas la mort et la mort n'est pas une vie éternelle.
2/2/25
Les humains sont irrésistiblement tentés parfois de transcender leur misérable condition individuelle en se donnant totalement à des valeurs qui la dépassent infiniment.
Mais alors on a envie de répondre à ce mépris de leur existence découlant d'une telle attitude sacrificielle par la phrase de Malraux : "Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie".
3/2/25
"Un maître auquel obéir servilement pour ne pas être confronté au seul véritable Maître, la mort... Car le maître tout-puissant, à condition d'en faire un absolu, fait écran au néant éternel qui nous attend. C'est ainsi en tout cas que je comprends cette "servitude volontaire" dont nous parle La Boétie", me dit-il.
Le monothéisme a-t-il préparé la structure de la soumission au tyran ?
4/2/25
"Tout ce qui a son prix est de peu de valeur", écrit Nietzsche. Alors le nihilisme qu'il annonçait n'est-il pas représenté par le marché roi du capitalisme ?
5/2/25
"Pour les vrais, les grands créateurs, me dit-il, le monde devient vite manichéen : d'un côté il y a tout ce qui distrait l'attention, dilapide l'énergie, et de l'autre ce qui nourrit l'inspiration, favorise la concentration. Goethe répétait que le génie est concentration...".
Et moi je pensais à tous ces farfadets qui, en chacun de nous, aiment tant batifoler...
6/2/25
Quel non-dit le bavardage enrobe !
Et quel cri le silence étouffe !
7/2/25
Le mari s'identifiant à la sphère domestique, l'amant se pare de la figure du Dehors et ses charmes... Ajoutez à ça la nouveauté, ce piment de la vie sexuelle, et vous aurez tous les adultères !
8/2/25
Ô l'heureux homme ! Tout lui était occasion d'impressions, d'émotions ou de réflexions !
9/2/25
Il me demande comment ça se fait que les dictateurs sanguinaires arrivent toujours à échapper aux attentats. Comment ça se fait qu'ils sont rarement jugés. Comment ça se fait qu'après leur mort il y a toujours des gens qui les regrettent. Comment ça se fait que les institutions ne parviennent toujours pas a prévenir leur apparition.
Les peuples sont complices : voilà ce qu'il attend que je lui réponde...
10/2/25
Elle me parle souvent de la relation amoureuse constante de Victor Hugo et Juliette Drouet. C'est le signe pour elle de l'éternel printemps du génie...
Moi je pense qu'il y a aussi des génies qui sont profondément androgynes et donc solitaires.
11/2/25
"L'attention, en tout, c'est ce qui nous sauve", écrit Bossuet. La perte, la perdition est alors si commune : une négligence et une distraction permanentes de bouchon dans l'eau...
12/2/25
Elle me dit que les névrosés, comme les malades ou les êtres narcissiques, ne s'oublient jamais. Qu'ils arrivent à imposer aux autres ni leurs actions ni leurs pensées mais leur névrose. C'est là leur volonté de puissance.
13/2/25
Elle le cherchait et l'avait trouvé. Mais si elle le cherchait, c'est qu'elle l'avait déjà trouvé à son insu dans son inconscient, sa mémoire ancienne.
Si bien que son immense bonheur finalement c'était ça : le passé retrouvé.
14/2/25
La santé, la tranquillité... Ce n'est souvent que la perte des choses qui en enseigne la valeur.
15/2/25
Il s'énerve : "Ils sont stupides, violents, cupides... Dans un permanent court terme. À quoi bon discuter avec eux ? Le bien commun leur est totalement étranger. Or c'est la substance de toute discussion politique. Il souhaite la guerre de tous contre tous parce qu'ils sont certains d'en être les vainqueurs. Il faut donc les abattre."
16/2/25
Une vie qui a du sens par un vrai engagement n'apporte pas forcément le bonheur, mais elle nous sauve de cette grise morosité toujours en quête de distractions et d'oubli.
17/2/25
La laxité (Lockerheit) est cette propriété de l'énergie psychique invoquée par Freud pour rendre compte de l'activité artistique par la malléabilité des refoulements. Une propriété à associer à la déplaçablité de l'énergie, au fait qu'elle n'est pas investie.
L'artiste comme nomade indépendant, libre avec ses désirs, pouvant jouer avec eux...
18/2/25
On ne vit que deux fois : la seconde est dans la mémoire de ceux après nous.
19/2/25
La jouissance est pareille à habitude : elle n'active pas une mémoire critique susceptible de faire qu'on y renonce.
20/2/25
Pour qu'une image réponde bien à son anagramme de magie, il est bon qu'elle nous fasse voyager en nous-mêmes.
21/2/25
La guerre, personne ne la veut, croit-on, espère-t-on, mais l'on se trompe : dans l'ombre de chaque nationalisme une volonté de guerre est tapie.
22/2/25
La rareté des ressources jointe à la compétition économique : une source permanente de conflits.
23/2/25
"On dirait que les idéaux sont faits pour être défaits, caricaturés, ridiculisés par la réalité. Même si l'idéal n'est qu'une direction, les sociétés se ruent vers la direction inverse ! Nous n'échappons pas aux catastrophes parce que nous les avons préparées. Il ne reste globalement que le mal et la médiocrité...", me dit-il.
Je lui conseille de retrouver les idéaux là où en fait il les avait d'abord entrevues : dans les œuvres exceptionnelles de tous domaines, magnifiques agrégats que l'idéal a fait tenir, assemblés.
24/2/25
"...comme s'il y avait fatalement entre deux êtres une certaine quantité d'amour disponible, où le trop pris par l'un est retiré à l'autre,...", écrit Proust. Toujours cette idée d'une limite, d'une économie, voire d'une pénurie de l'amour.
25/2/25
Populisme de droite et autocratie. Tendances infantiles du peuple qui attend tout d'un leader démagogue, assez bon comédien pour adopter les codes et attitudes de tous ceux qu'il va manipuler... Mais il n'y a pas que de la stupidité dans cette crédulité populaire, il y a beaucoup de misère et d'espérance...
26/2/25
Le peuple toujours dupé ou se dupant. On dirait presque un destin... L'abstention peut être le signe qu'il commence à l'être moins (à quoi bon?), qu'il assume le désespoir dans une sorte de fatalisme.
27/2/25
Trois conditions nécessaires et suffisantes pour que le peuple se libère :
1) qu'il comprenne les mécanismes socio-économiques par lesquels il est opprimé, et qui a intérêt à les maintenir. Donc qu'il ne se trompe surtout pas d'ennemis.
2) qu'il puisse être solidaire par-delà les petites différences et inégalités.
3) qu'il envisage une action collective dépassant le seul niveau national.
Bien entendu, à ces trois niveaux, tout est verrouillé par la classe, devenue caste, dominante.
28/2/25
Exutoires possibles de l'agressivité générée par les frustrations collectives qu'impose le système : la xénophobie, le nationalisme, la violence des supporters, celle par procuration des polars, films dits "d'action", la rivalité des egos, les comportements suicidaires...