1/2/26
La société comme machine, ou système complexe de relations et de fonctions lié aux besoins. À notre incapacité individuelle à satisfaire nos besoins. Chacun est dans un rouage, mais aucun d'entre nous n'est indispensable. Aucun, une fois mort, ne perturbe la machine sociale.
2/2/26
Il ne pouvait s'empêcher de considérer la société comme une foule d'esclaves, et de criminels en puissance. Il lui semblait avoir fait cet écart essentiel qui le rendait en partie asocial et définitivement incapable de tuer. Il me citait cette phrase de Kafka : "écrire, sortir d'un bond hors du rang des assassins."
3/2/26
Moins s'attarder sur le pantin qui gesticule là-haut, de son balcon, que sur la foule immense qui l'acclame... Si enthousiaste apparemment de se démettre de sa liberté !
4/2/26
On fait ce qu'on ne sait pas qu'on veut.
5/2/26
Les progrès continuels et incoercibles des sciences humaines et de la narture finissent par menacer les puissants. Alors soit ils ne gardent de ces progrès que ce qu'ils peuvent instrumentaliser pour sauver et accroître leur pouvoir, soit ils se livrent par propagande médiatique interposée à une contre-offensive excitant l'irrationnel des foules et leurs passions mauvaises.
6/2/26
La maladie mortelle par excès de la démocratie se signale par un symptôme : lorsque la vérité ne devient plus qu'une opinion parmi d'autres.
7/2/26
Non seulement tu es mal payé(e) et tu es interchangeable, mais encore tu es privé(e) de la moindre reconnaissance ! Pièce fonctionnelle de la mégamachine, ta première manifestation d'humanité humiliée est le ressentiment, une haine profonde. Tu fais le terreau du pire populisme...
8/2/26
On a peut-être trop répété avec Hegel que ce qui est présent dépend de ce qui a été. On devrait aussi s'aviser que ce qui a été dépend de ce qui est présent ! On lit et relit les événements passés, on les exhume ou enterre même, selon notre situation présente, sa problématique et ses débats actuels.
9/2/26
Le plus difficile pour comprendre notre présent, c'est bien sûr d'avoir accès à ce qui est caché, mais aussi à ce qui est tellement présent que nous ne le voyons pas plus que l'air qui nous entoure.
10/2/26
Il pense qu'il nous faudrait une psychanalyse collective, c'est-à-dire que nous puissions nous observer dans un immense miroir et y scruter l'insoutenable en nous, jusqu'au bout, et en nous abstenant de nous juger. Nous arrêterons enfin de nous distraire et faire semblant. Mais que se passera-t-il alors, en sachant que le ciel est vide ?
11/2/26
Travail féminin, urbanisation, libération sexuelle... C'est sans doute la communauté, unie par la religion ou l'ethnie, qui préserve encore la famille contemporaine de son éclatement et de sa réduction au ménage parents/enfants.
12/2/26
Il manifestait une grande indépendance par rapport aux liens familiaux. Il me disait parfois : "Père, sœur, mère... Peu importe. Comment apprécies-tu leur personnalité, par exemple pour avoir envie de voyager avec eux : c'est cela qui compte !". Il n'envisageait pas la notion de dette.
13/2/26
S'excluant de sa famille, de sa classe et de sa communauté, X. n'était pas loin de se sentir exclu de toute société humaine quand il découvrit avec ravissement l'improbable société des solitaires, étrange et disséminée, d'ailleurs souvent composée d'artistes ou d'individualistes forcenés.
14/2/26
" Les parents se traitent entre eux beaucoup plus mal que les étrangers : ils se connaissent mieux.", écrit Gorki. Et Strindberg pensait la même chose du couple. Et Sartre des autres... Tragi-comique !
15/2/26
Une attente particulière et inconsciente précédait la Rencontre. Ils avaient cru, eu envie de croire, que cette personne correspondait à leur attente... Mais non, elle était autre, et ils ont mis du temps à se rendre compte qu'à nouveau ils se retrouvaient seuls, avec une image, un souvenir fané de leur enfance entre les mains.
16/2/26
Il n'y avait sans doute qu'un seul trait d'esprit possible dans cette situation unique et il l'a trouvé. Ces choses n'arrivent qu'une fois. Son humour avait sublimé, éternisé en quelque sorte cette fois unique. Voilà pourquoi Chamfort notait avidement ces traits d'esprit et saillies de la Cour. L'humour ne se répète pas. Il va et ne se retourne jamais. Chamfort était le chroniqueur, le photographe avant que ça existe de ces instants privilégiés.
17/2/26
Tu as enfin découvert dans le même temps ton ego comme altérité possible et l'autre comme détenteur d'un ego. Et tu es enfin sorti(e) de ton enfermement, de ta prison spirituelle.
18/2/26
Que le monde ne soit pas comme tu le souhaites : ce constat, pour des raisons différentes voire opposées, est largement et peut-être universellement partagé, à l'évidence, par tes semblables... Alors, est-ce simplement nos jugements de valeur qui sont l'élément inutile, déplacé, la pièce rapportée dans ce monde complexe qui va, on ne sait où, dans la fureur de sa logique, par-delà le bien et le mal ?
19/2/26
Elle me dit qu'il y a une longue chaîne des malheurs. Ce sont les malheurs du passé qui, par une suite de réactions, expliquent les malheurs du présent. Et pour que cette chaîne s'interrompe, il faut des éléments extérieurs, étrangers qui puissent perturber enfin ce sinistre déroulement.
20/2/26
L'altération et la destruction systématique de l'attention par différentes formes accaparantes de divertissement agressant une génération entière, voilà peut-être la secrète catastrophe pour les différents arts, de la littérature au cinéma en passant par le théâtre, quand ils n'ont devant eux que de jeunes publics mutilés...
21/2/26
Les ironies du Progrès... Globalement ce qu'on gagne d'un côté on le perd de l'autre. Si l'autre côté, négatif, peut être lointain, il est toujours en rapport avec ce gain, en fait relatif. Ainsi les conséquences lointaines de certains "progrès", supposés indiscutables, peuvent s'avérer catastrophiques.
Que faire ? D'abord ne pas fétichiser cette notion devenue intouchable. Mais la relativiser, la pondérer san cesse, la pondérer, la questionner
22/2/26
Il s'exclame : "Le peuple ne veut-il pas normalement la paix plutôt que la guerre, la prospérité plutôt que la misère, un minimum de liberté plutôt que l'oppression ? Et quand ce n'est pas le cas, ne doit-on pas le considérer comme malade ? Dément ?"
23/2/26
Jadis enfant quand on se plaignait, une main venait régulièrement nous consoler. Maintenant adultes, en se plaignant, on espère toujours qu'elle revienne, consolatrice.
24/2/26
Joie d'être original : déchirer quelque chose pour nous surprendre à voir apparaître quelque chose d'autre.
25/2/26
Le savoir est relativiste et progressif ; la croyance est souvent absolue sur un fond d'archaïsme. Le savoir considère la réalité ; la croyance tend à l'ignorer... Et pourtant les hommes vivent plus de croyances qui les portent et/ou les rassurent. Pour W.James, il y a une véritable et indestructible Volonté de croire.
26/2/26
Il me dit : "Des gens très intelligents peuvent ou ont pu croire à des balivernes ! Pourquoi ?... Parce que c'est une manière pour eux d'être fidèles à des serments ou des rêves d'enfance. Une manière aussi d'être constants, de se bâtir une identité. D'avoir la force d'incarner des valeurs. Pour eux croire c'est enfin vivre intensément".
27/2/26
Dans toute croyance il y a, grande mais confuse, une récompense au bout.
28/2/26
"Si un philosophe pouvait être nihiliste, il le serait parce qu'il trouve le néant derrière tous les idéaux", écrit Nietzsche. Le nihilisme actif consiste alors à se passer de ces idéaux, et à vivre pleinement ses désirs avant d'être absorbé par ce même néant.