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Janvier 2025

1/1/25

     L'oppression se parachève en aliénation, et la servitude est pleinement accomplie quand ceux qui en sont l'objet n'ont même plus le souhait d'en sortir.

 

2/1/25

     Elle soupire : "La banalité couvre tout de son manteau de grisaille. Quelles trouées bleues  peut-on vraiment espérer dans une vie ? Une belle histoire d'amour... Une réussite inattendue... Un voyage étonnant... C'est bien peu !"

     Je me demande si cette attitude d'attente d'extraordinaire,  posée a priori, ne fausse pas le problème. Il nous faut changer notre vie de façon à ce que cette grisaille de la banalité ne s'impose pas. Le regard poétique, l'imaginaire artistique nous permettent d'échapper au diktat de la banalité.

 

3/1/25

     Avec leurs massacres, leur violence folle, leur cruauté gratuite, leur démesure, les guerres viennent nous rappeler régulièrement que nous sommes des animaux dénaturés, une espèce très agressive à part. 

 

4/1/25

     L'habitude crée une sorte d'inconscience, mais aussi d'ennui. La solution à laquelle on pense tout de suite est alors de se distraire... Mais l'habitude et la distraction ont ceci de commun qu'elles impliquent une absence à soi et au monde. 

     Si l'habitude a d'abord une fonction d'économie de l'effort, cette économie à la longue peut s'avérer... très coûteuse. À l'inverse, la présence et l'écoute sont d'entrée de jeu coûteuses, Mais elles rapportent quelque chose d'inestimable : être pleinement vivant.

 

5/1/25

     "C'est contre-intuitif, j'imagine, mais c'est une plaie d'être une jolie fille !... D'abord nous n'intéressons que par notre apparence physique, et l'on néglige ainsi des qualités qui nous sont chères. Ensuite nous devenons l'objet rêvé de tous les prédateurs et toutes les prédatrices contre lesquels nous devons sans cesse nous défendre. Enfin, nous-mêmes,  souvent charmées par notre apparence avantageuse, nous risquons de payer le prix lourd du narcissisme et de toutes ses vicissitudes,  vieillissant très mal et constatant avec horreur l'évanouissement de cette beauté que nous pensions nous appartenir à jamais ! ".

     Elle me disait ça et moi je pensais aux autres malheurs, si différents, des femmes laides...

 

6/1/25

     Savoir tirer des effets de tel être, tel objet, tel paysage, telle situation, voilà ce que sait et aime faire un artiste. Ces effets sont des qualités qu'il sait abstraire de son motif puis agencer.

     L'abstraction est également présente dans la démarche scientifique ou philosophique, mais le sens qui s'en dégage sert à démontrer quelque chose. Ce qui n'est nullement le cas chez l'artiste.

 

7/1/25

     Il me dit : "Plus ma lucidité me désespère, et plus je dois trouver mon bonheur dans les choses les plus simples, basiques, élémentaires, les moins susceptibles de porter en elles des illusions, des mensonges, des faux-semblants !"

 

8/1/25

     Si tu veux la paix prépare la guerre, dit le proverbe. Mais comme celui qui veut la guerre la prépare également, eh bien... le budget des armées n'a aucune chance de disparaître !

 

9/1/25

     Quand on commence à éprouver de la haine, c'est fichu, parce qu'on finit toujours par l'aimer cette haine !

 

10/1/25

     "Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l'ordre. Ordonner, c'est toujours se rendre maître des autres en les gênant ", écrit Diderot dans le "Supplément au voyage de Bougainville".

    Dictature et mise en ordre intérieure pour des guerres à venir ou pour le maintien et renforcement des intérêts d'une minorité ou encore pour l'imposition d'un dogme, religieux par exemple, tout à fait discutable... Une démocratie vivante, toujours à construire, dépasse ces notions d'ordre et de désordre. 

 

11/1/25

     Quand les hommes vivaient sous le joug d'un pouvoir temporel absolu (le Roi) et sous celui d'un pouvoir spirituel écrasant (l'Église) : on se dit que les Lumières, l'Aufklärung ont dissipé ces lourds nuages opaques, et que les hommes deviennent peu à peu autonomes. Mais que voit-on ici et là ? Leur retour sinistre dans le ciel des idées. 

 

12/1/25

     Quand l'économique a envahi tous les domaines, on commence tranquillement à fixer un prix, un coût à la vie humaine. C'est combien ? Cher ? Pas cher ? Et peut-on la solder ?...

 

13/1/25

     Elle me parle de cette formule simple et fatale qui entretient en sourdine la souffrance morale des vieux :  le jamais plus, le "nevermore".

 

14/1/25

     Il m'a souvent dit que la philosophie est une sorte d'épargne. S'épargner des erreurs coûteuses, amasser peu à peu le trésor d'un art de vivre.

 

15/1/25

     Essaye une espérance que rien ne peut briser ni contredire. Elle t'emplira. Tu en seras heureux...

 

16/1/25

     Notre système vend du bonheur en boîte, marché lucratif... En fait ce n'est que du confort et de l'inconscience. Et ça va du charlatanisme psychologique aux petites pilules roses.

     Alors,  aliénés, nous désapprenons peu à peu à simplement accompagner notre vie, la comprendre et, pourquoi pas, l'aimer, avec ses hauts et ses bas, ses joies et sa tristesse nuancée, avec son aspiration confuse, qui ne fait pas forcément partie des valeurs dominantes, des valeurs en cours...

 

17/1/25

     Tu as identifié un supposé Bien. Alors tu vas toujours dans sa direction, le nez dans le guidon, mettant des œillères, te bouchant les oreilles et ne te posant plus de questions... Tu as cru ainsi en toute bonne foi échapper au mal.

     Bien des années après, tu comprends avec horreur que le mal, c'était la rigidité.

 

18/1/25

     Il me confie : "C'est librement que j'ai créé, établi ces liens avec elle, avec eux. C'était ma "liberté positive". Ces liens amoureux et amicaux se sont avec le temps épaissis, multipliés. Et maintenant, je ressens la contrainte, l'emprisonnement et songe à ce qu'on appelle la "liberté négative", à savoir la libération des contraintes et obligations. Ces Deux concepts de liberté, comme le notait le philosophe Isaiah Berlin, entrent souvent en conflit. Me voilà bien obligé de conclure comme lui que "le sens fondamental de la liberté consiste dans la libération de tout lien". "

     J'acquiesce. Mais je lui rappelle cependant que, libéré de tout lien, on devient sans même s'en rendre compte, une proie pour la pulsion de mort. 

 

19/1/25

     L'artiste. Excité, heureux de tout son potentiel...

     Combien réalisera-t-il de tout ce potentiel ? Il n'y pense pas. Il sent plutôt que c'est une vie à rallonges qui s'étire devant lui. Et ce sentiment de puissance lui accorde une jeunesse d'esprit que le temps n'altère pas.

 

20/1/25

     Les ressources s'épuisent, mais le système prédateur lui ne s'épuise pas. Il entraîne les grandes nations dans une course et une rivalité génératrices tôt ou tard de conflits.

 

21/1/25

     Elle me parle d'une sorte de névrose fondamentale... Elle pense que la plupart des névrosés souhaitent atteindre un état de bonheur durable, un éden auquel la réalité ne peut bien sûr que s'opposer. Cet état au fond est la béatitude intra-uterine. Leur attitude est donc foncièrement régressive, réactive et défensive. 

     Je prolonge ces propos : le seul état auquel on puisse et doive aspirer est celui de n'aspirer à aucun état... Il faut donc intégrer une permanente activité,  changeante et au rythme modulé.

 

22/1/25

     "Le ciel et l'actualité, ah, tout est gris !... Je dois m'habituer à cette grisaille en peintre et subtilement la nuancer, comme des noirceurs humaines. L'intelligence ou l'esthétique doit toujours s'imposer sur la pesanteur de monde...", me dit-il. 

     Il a raison. Moi j'attends toujours les trouées de ciel bleu. Mais peut-être que ces trouées, ce sont aussi les armes de l'esprit qui les produisent.

 

23/1/25

     La vallée des larmes, Valise lacrimarum dans la Bible... Quittons cette terre de souffrances, rejoignons Dieu au Paradis ! Les Chrétiens se lamentent mais n'osent pas se suicider. Un doute demeure. Mais pas chez les Musulmans fanatiques : leur paradis est concret. Ils franchissent aisément le pas !

 

24/1/25

     Effaré il me parle de tous ces gens mus seulement par leurs pulsions et habitudes. Et qui ne sont presque jamais conscients... Pour être conscient, ne faut-il pas quelque distance avec l'animal et le robot en nous ?

 

25/1/25

     La Beauté comme une souriante tristesse ?

     Non, ce n'était là qu'une sensation fulgurante, éphémère...

 

26/1/25

     Aristote voyez dans le hasard une rencontre accidentelle qui ressemble à une rencontre intentionnelle. Mais la "mentalité primitive", dont parle Lévy-Bruhl, projette partout des intentions, parce qu'elle croit en des esprits, souvent malins d'ailleurs... La paranoïa des gens superstitieux participe de cette mentalité primitive, qui perdure au cœur de notre rationalité. 

 

27/1/25

     Que de jugements l'esprit scientifique suspend-il faute de preuves valables ! Et que de jugements l'homme moyen assène-t-il, carré dans son opinion... L'homme raisonnable se contente du possible et des hypothèses.

 

28/1/25

     L'humain peut-il être objet de science ? Dans les sciences humaines l'interprétation et les valeurs implicites sont omniprésentes. Mais ceux qui s'y adonnent ne se découragent pas : l'objet d'études est tellement passionnant... C'est eux-mêmes !

 

29/1/25

     Elle lui dit : tu ne vas tout de même pas être triste de ta tristesse ? Ce serait une tristesse au carré !... Ni en être content : du masochisme !... Tu es triste, voilà, c'est une chimie, une couleur si tu veux, une ambiance de ton esprit ce matin, concoctpée au fond de la nuit par les magiciens de l'inconscient. Essaye de la comprendre si tu y tiens. Mais d'abord et surtout contemple-la...

 

30/1/25

     Burke (1729-1797) montrait que le danger et la douleur, lorsqu'ils sont mis à distance, lors même qu'ils conduisent à l'idée de la mort, produisent des affections délicieuses. Les romans policiers ou les films de guerre illustrent tous cette idée. Mais pas seulement l'art populaire. Pensons à la tragédie antique qui a pour effet, selon Aristote, de susciter la terreur et la pitié pour les personnages écrasés par l'affreux destin, et ainsi une sorte de catharsis.

     Désinvolture fréquente de l'artiste par rapport à son public. Il le connaît bien...  "Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère...", écrit Baudelaire. L'art, foncièrement amoral : notre époque semble de moins en mois disposé à l'accepter. De quoi cette intolérance nouvelle est-elle le symptôme ?

 

31/1/25

     Il compare les mauvaises œuvres à ces oiseaux qui ne peuvent plus s'envoler, comme les kiwis, les casoars... Les autruches peuvent courir très vite, c'est au moins une qualité compensatrice.

     

     

     

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